Alexia André fait le point cette semaine sur l'utilisation de la bande-originale au cinéma.

La bande-originale, règne impartial de l’image et du son…


« La musique d’un film n’est qu’accessoire et ne sert qu’à ajouter une forte dose de drame au scénario ». Certains d’entre nous, certainement déçus par des bandes-originales inadaptées à leurs scénarios, ne trouvent que rarement leur bonheur au travers des millions de compositions musicales réalisées depuis que le cinéma est ce qu’il est. Tentons, par l’intermédiaire de cet article et au travers d’une courte expérience, d’illustrer l’importance et l’impact des bandes-originales sur notre perception du cinéma.

Alexia André traite cette semaine dans le journal d'ARI de la bande-originale

La magnifique bande-originale de Vertigo a été composée par Bernard Herrmann

Une bande sonore réussie est un travail titanesque nécessitant sensibilité et analyse. En parfaite corrélation avec l’univers du film, ses forces, faiblesses et la moindre interprétation filmique sous-entendue, le compositeur travaille main dans la main avec le réalisateur. Les plus grands compositeurs de musique de film se disent présents à toutes les étapes de la création de l’œuvre, s’imprégnant ainsi de chaque détail afin de trouver cette précieuse inspiration que tout musicien convoite.  Une bande sonore ne se contente pas d’appuyer un événement ou de souligner une émotion. Elle exalte nos sens, elle démultiplie notre immersion et ne fait que renforcer plus encore l’univers d’un film. Elle fait intrinsèquement partie de la carte d’identité de celui-ci et n’en est pas dissociable.

Plongeons-nous à présent au cœur d’une expérience sensorielle unique qui ne fera qu’appuyer les éléments sus-cités.

Pour cela, choisissons, à titre expérimental, l’ultime scène d’un film grand public réalisé par Christopher Nolan en 2010 : Inception. Le choix s’est porté sur un film grandement diffusé pour éviter tout risque de spoiling mais j’invite tous ceux qui n’ont pas encore vu ce film et envisagent de le voir de choisir un autre film pour réaliser cette expérience.

Dans la scène choisie, le personnage principal se réveille dans un avion, après avoir vécu une expérience d’inception, c’est-à-dire après avoir introduit une idée dans le rêve de quelqu’un. Dans l’avion se trouvent ses complices, visiblement soulagés, et sa victime qui semble avoir l’impression de se réveiller d’un rêve particulièrement riche en actions. Grâce à la réussite de cette mission, le personnage central va enfin pouvoir retourner chez lui, blanchi,  alors qu’il était auparavant recherché pour meurtre.

L’importance de la composition de Hans Zimmer va au-delà du simple fond sonore et affirme l’identité du film.

Afin de mesurer son importance, je vous propose de procéder de la façon suivante :

  • Lancez la vidéo ci-dessous en prenant soin de couper le son. Elle est volontairement pauvre en dialogue afin que le passage au muet n’affecte pas votre compréhension de l’action. Regardez-la jusqu’au bout en essayant d’analyser votre ressenti.
  • Renouveler l’expérience en activant le son, à un niveau relativement élevé. Réfléchissez à nouveau à votre ressenti.

Au cours de l’expérience muette n°1, vous avez sans doute concentré votre attention sur les mimiques des personnages et la progression imagée de l’action.

Le film est ainsi vécu au travers du jeu des acteurs et du contexte. Nous ressentons une légère appréhension lorsque le protagoniste attend le verdict de l’officier des douanes. Nous sommes également témoins de la complicité du personnage central et de ses acolytes. La lenteur de la scène ajoute une sensation presque irréelle, image métaphorique d’un immense soulagement.  Nos émotions de spectateur ne sont donc pas transcendées, mais le muet ne nous empêche pas de vivre le récit.

Au cours de l’expérience n°2, nous sommes comme portés dans l’action par la musique qui semble être le reflet de l’âme du personnage principal. Au travers de la musique, nous nous sentons plus concernés, nos émotions et celles des personnages semblent être démultipliées. La dimension émotionnelle de cette musique accentue la sensation de soulagement de la scène, aussi bien qu’elle accentue la tension au passage des douanes. La musique nous détourne presque de l’action principale tant elle est puissante.

Son rôle est tel que si nous regardons à nouveau la vidéo sans le son, elle raisonnera tout de même dans notre esprit tant elle influence notre interprétation et notre ressenti. Le spectateur va d’ailleurs plus instinctivement sourire à 2 minutes 16  ainsi qu’à 3 minutes 15 dans la version avec son que dans la version muette. Pourquoi ? Parce que la musique amplifie nos émotions.

 Tristesse, joie, rire, action, les bandes-originale et leurs films forment un duo inébranlable.

Alexia André