céline smith fait le point sur bienvenue à gattaca dans le journal d'ari

Bienvenue à Gattaca


BIENVENUE A GATTACA

Le pitch

Depuis toujours, Vincent (Ethan Hawke) a un rêve. Celui d’aller dans l’espace explorer d’autres contrées. Oui, mais voilà, Vincent est un enfant de la providence, un enfant dont les gènes ont été laissés au hasard. Et dans un monde où l’eugénisme est devenu la norme, il n’est pas considéré comme apte à accomplir de grandes choses. Il réalise alors que le seul moyen pour lui d’entrer à Gattaca, un centre de recherches spatiales réservé à une élite génétiquement parfaite,  est de se faire passer pour un « valide ». C’est ainsi qu’il emprunte l’identité et le patrimoine génétique de Jérôme (Jude Law),  jeune homme à l’ADN impeccable ayant perdu l’usage de ses jambes lors d’une tentative de suicide ratée. Les deux hommes vont alors partager la même identité et le même rêve. Mais alors que Vincent est à une semaine du départ tant espéré vers les étoiles, un évènement menace de révéler son identité…

Quand la science laisse place à la poésie

Premier long-métrage d’Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca affiche une réalisation précise et aboutie. Classé dans la catégorie SF, ce film ne ressemble pourtant pas aux films du genre. Les effets spéciaux sont assez peu nombreux, ce qui accentue une forme de lyrisme qui va de pair avec la pureté et l’intemporalité des décors et de l’image.

Le symbolisme est omniprésent tout comme certains motifs, dont celui du double où le film semble s’être inscrit. Individuellement, les personnages sont soumis à une dualité mélange de force et de vulnérabilité. Pris ensemble, ils forment tour à tour duels et duos. Aux deux frères de sang formés par Vincent et Anton, succèdent les deux frères d’ambition, Vincent et Jérôme.  Ils sont toujours vus à la lumière de parallélismes forts:  leur quête, leur combat et leur voyage respectif. Tout au long de l’histoire, ils se croisent, se tournent autour et se complètent telles les deux hélices d’une molécule ADN.

Bienvenue à Gattaca dans le journal d'ARI.

Salle d’entrainement du centre de recherche de Gattaca.

La poésie se retrouve également dans la répétition des gestes et des combats que mènent Vincent et dans lesquels il met toutes ses forces et ses espoirs, sans jamais s’économiser, comme il le dit lui-même, à la pensée d’un trajet retour. Un retour qui serait la fin du rêve, une redescente sur terre.

« Il n’y a pas de gènes pour l’esprit humain »

Dès l’ouverture du film, l’identité est perçue comme un poids. Comme quelque chose dont il faut, paradoxalement, se débarrasser pour arriver à être soi-même. Que ce soit Vincent qui, à longueur de journée, élimine toute trace de son ADN invalidé ou Jérôme qui extirpe de son corps tous les indices de sa perfection. L’identité génétique est une limite, un frein, un code qui décide à notre place de ce que nous devrions accomplir ou non. Et l’ADN, un bâton dans la roue de ceux qui veulent réaliser leurs rêves. Parce que nous avons le potentiel pour, devons-nous forcément être le meilleurs ? Et si nous ne l’avons pas, devons-nous nous résigner ?

Sans défauts les personnages ne sont pas amenés à vouloir les transgresser. Sans lacunes, ils n’ont rien a combler. Rien qui ne peut donner envie. Car l’on ne désire que ce que l’on n’a pas. Et si Vincent réussit, c’est parce qu’il est poussé par cette force qu’est l’envie.

Dans Bienvenue à Gattaca Uma Thurman interprété une "valide"

On parle beaucoup d’hommes dans cet article, mais il y a une femme dans ce film ! Interprétée par Uma Thurman.

Inversement, si Jérôme a tenté de se suicider après l’échec de sa vie qui consistait à ne jamais avoir que la seconde place du classement, c’est parce que la perfection ne donne pas le désir de se battre. Pire: elle apparaît chez Jérôme comme une malédiction. Quelque chose qui inscrit, fige et empêche d’avancer. [Spoiler] Lorsqu’à la fin du film, Vincent ouvre la lettre que Jérôme lui a adressé, on découvre une mèche de cheveux. Le geste est fort de symbolisme, pourtant cela reste une simple mèche de cheveux. Car Jérôme a appris à  ne se réduire qu’à ça, et une fois de plus, c’est son patrimoine génétique qu’il laisse parler à sa place.

Au fond si Jérôme était voué à quelque chose, c’était sans doute au malheur, car il n’avait pas de « voyage » à effectuer. Vincent est sans doute plus heureux d’atteindre son but qu’il en était au départ très loin. Il peut avoir la satisfaction personnelle d’avoir dépassé ses propres limites. De s’être vaincu lui-même en même temps que la société qui le diminuait. [fin spoiler]

Chef d’oeuvre brillant d’intelligence et d’humilité, si ce film a des défauts, ils sont très bien cachés. Andrew Niccol semble avoir l’ADN d’un réalisateur de génie ou peut-être a-t-il tout simplement donné le meilleur de lui-même…

Céline Smith