Il n’y a pas que le cinéma qui a la cote dans la production audiovisuelle. Les séries sont au top depuis quelques années, l’occasion pour nous d’écrire quelques articles sur ce sujet

Alexia André centre ce nouvel article sur les antihéros dans les séries TV.

L’antihéros version série T.V.


MIROIR, MON BEAU MIROIR, DIS-MOI QUI EST LE PLUS MÉCHANT ?

 

Il faut de tout pour faire un monde. Des méchants, des gentils et des gentils méchants. En remontant à nos origines et réflexions les plus freudiennes, notre quotidien du lever au coucher est ponctué par la volonté de faire de bonnes choses. Bonnes et belles choses qui nous emplissent de joie car leur unique objectif est de nous faire du bien.

Parlons de ces autres bonnes choses que nous nous évertuons à accomplir tout autour de nous, pour les autres, pour faire plaisir, pour nous donner bonne conscience et parce que c’est inscrit dans notre morale judéo-chrétienne : « tu feras le bien autour de toi, tu ne tueras point, etc.»

Avant de juger tous ces antihéros et autres méchants du cinéma, posons-nous la question suivante : Pourquoi aimons-nous offrir des cadeaux ? Est-ce purement et simplement pour faire plaisir à la personne ? Vous avez surement déjà offert un cadeau sur lequel trônait fièrement l’étiquette « plaisir d’offrir ». Parce que oui, nous offrons des cadeaux pour le plaisir de faire plaisir. C’est un geste plus ou moins égocentrique et orgueilleux, selon le degré de chacun. Nous aimons voir la personne heureuse de son cadeau, car cela nous donne l’impression d’avoir fait quelque chose pour elle, d’avoir visé juste, de connaître ses gouts. N’avons-nous jamais dit la phrase suivante : « Je connais bien tes goûts ». N’avons-nous donc jamais franchi la fine limite entre l’autocongratulation et la recherche du bonheur de l’autre ? Bien souvent nous la franchissons, ne nous mentons pas.  Pas aujourd’hui, pas maintenant, pas pendant cette courte parenthèse qu’est la lecture de cet article.

Quoi de plus agréable que d’écouter « it’s bad you know » de R.L Burnside, un excellent guitariste et compositeur de Blues américain, pour illustrer le sujet de cet article :

Toutes ces analyses philosophiques introductives et chargées nous permettent à présent d’aborder la question de cet essaim actuel de personnages principaux de séries T.V qui choisissent bien souvent le côté obscur de la force.

Parmi les dix séries T.V les plus appréciées du moment, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que 5 d’entre elles tournent autour d’un héros loin de ne faire que le bien autour de lui.

Et si le méchant devenait en fait le héros de l’histoire ?  Pari excessivement acrobatique dans le monde de l’audiovisuel d’aujourd’hui.  Là où nous aimons nous identifier à nos héros, là où être intelligent, aimant, honnête et irrésistible est un réel atout dans la vie. Pourquoi sommes-nous si nombreux à nous identifier aux héros ? Parce que nous épuisons nos journées à chercher un idéal qui n’est que mirage rassurant.

Il aura donc fallu attendre le 21ème siècle pour que tout cela se termine. Finis les stéréotypes du héros systématique à toute création audiovisuelle destinée au grand public. Place aux antihéros, défauts exacerbés, faisant le choix de prendre de mauvaises décisions parce que dame Morale n’est pas toujours là, prête à mettre une petite tape derrière la tête.

  • HOUSE OF CARDS

Frank Underwood, merveilleusement incarné par Kevin Spacey, est un membre du congrès démocrate du gouvernement américain. Une trahison politique fera de lui un politicien véreux prêt à toutes les pirouettes pour se venger, même les plus viles et écœurantes qu’il soit.

Ce personnage, d’une rare subtilité pour une série T.V, est tout aussi détestable que fascinant. Il ne fait que nous déverser au visage toutes les cruautés que nous pouvons utiliser pour atteindre nos objectifs, en laissant tomber nos états d’âme, bien entendu, puisque ça ne sert à rien de les porter sur nos frêles épaules. Depuis que les hominidés existent, la stratégie existe.

Générique de la série : http://www.youtube.com/watch?v=tn_gQ-mdp9U

Nous sommes donc tout naturellement fascinés par la stratégie que met en place Frank pour arriver à ses fins. Cette série tend à nous montrer qu’il existe un talent dans la destruction de tous les obstacles que nous pouvons rencontrer sur notre route vers la réussite, qu’ils aient des bras et des jambes ou non d’ailleurs.

Sa citation la plus célèbre : « Il y a deux types de douleur. Le genre de douleur qui vous rend plus fort, et la douleur inutile, le type de douleur qui ne fait que souffrir. Je n’ai aucune patience pour les choses inutiles. » 

Les méchants ont toujours fasciné le commun des mortels et à y réfléchir, nous ne les détestons presque jamais car nous savons au fond de nous, qu’il n’y a qu’un pas à franchir pour faire pencher la balance de notre existence. Nous avons tous un jour raconté une vilaine chose que nous avions faite étant jeune, avec un air fier et les yeux qui pétillent. Pourquoi ? Tout simplement parce que le mal nous couvre d’une carapace invulnérable, en théorie, et qu’il nous donne un côté obscur insubmersible, comme l’est notre Frank Underwood.

  • BREAKING BAD
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Walter White, alias Heisenberg, baron de la drogue

Walter White, ancien chimiste reconverti en professeur, est un homme lambda au train de vie difficile. Alors que des problèmes financiers et personnels commencent à s’accumuler autour de lui, il découvre qu’il a un cancer et que ses jours sont comptés. Il décide alors de se faire de l’argent facile pour mettre à l’abri sa famille de difficultés futures.

Partant d’un sentiment d’amour profond, ce personnage attachant sombre peu à peu dans un quotidien violent fait de décisions qui vont à l’encontre de son bon sens et de sa morale. Comme la frontière entre le bien et le mal est souvent très étroite, celui-ci se transforme en un homme peu recommandable.

Très différent du charismatique et manipulateur héros de la série House of Cards, Walter White reste très touchant, malgré ses choix étonnants. Il est ce méchant que l’on pourrait tous défendre en répliquant : « Oh mais il n’est pas méchant au fond ».

C’est un homme qui a vu tous les malheurs du monde s’abattre sur ses épaules et qui a pris une décision qui ne lui ressemblait pas pour garantir une vie décente à sa famille. Seulement voilà, ce qui devait arriver arriva : à force de tremper son nez dans des affaires louches, on y prend goût. La série porte d’ailleurs très bien son nom : Breaking Bad.

  • MAD MEN
article sur le jargon du cinéma écrit par Alexia André pour le journal d'ARI

Don Draper et Roger Sterling s’adonnant à leur activité favorite !

Notre troisième héros du jour n’est autre que le grand Don Draper, publicitaire ambitieux de la Madison Avenue. Le succès planétaire de la série Mad Men nous prouve bien que le mal est loin de nous repousser tant il tient une place dans l’âme humaine. Les Mad Men de la série sont assez détestables. Leur journée ? Ils la passent à mettre en place des stratégies de manipulation, en sirotant du whisky et en fumant cigarette sur cigarette. Un comportement qui est bien loin de celui d’un genre idéal.

Riches, arrivistes, désinvoltes et sûrs d’eux, voici toutes les raisons qui font de ces personnages de fascinants êtres pour d’ordinaires mortels que nous sommes. À être là, allongés sous un plaid en dévorant une tablette de chocolat éclats de caramel, leur quotidien ne peut que nous sembler excitant.

Pourtant, à y réfléchir, quelle vie peut-on construire autour du vice et de la corruption ? Même si leur quotidien est loin du schéma idéal et équilibré, il a ce côté exaltant et excessif qui nous fascine. Aussi fidèle que Tiger Woods, Don Draper est le macho par excellence des années 60, celui contre lequel des femmes se sont battues pendant des années.

Pourtant, il garde ce je ne sais quoi qui le rend charmant. À la différence de la plupart de ces collègues de travail, il prend de temps en temps des décisions dans l’intérêt des autres, ce qui rend son ignominie profonde plus supportable.

Ces trois personnages emblématiques nous dressent un portrait bien sombre de l’âme humaine, mais persiste toujours l’espoir d’un bon fond dans certains de leurs actes. Nous sommes tous plus ou moins proches d’eux. Dire que l’homme est fondamentalement bon est une idée en laquelle il est difficile de croire. Assumer cette part enfouie au fond de nous sans pour autant la laisser prendre le dessus est fondamental pour notre équilibre. Nous pouvons tous déraper à un moment donné comme le font ces antihéros car nous ne sommes pas faits de perfection comme peuvent l’être les héros obsolètes.

Au fond, le succès de ces séries tient sans doute un peu dans le fait que nous sommes plus proches de ces personnages que nous le croyons.

Le moment est venu pour moi de me poser cette question inévitable : suis-je en train de vous proposer cet article pour vous faire partager mes analyses et vous informer d’un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur ou est-ce tout simplement parce que j’ai plaisir à être lue?

Alors, allons-nous enfin assumer la part de Walter White, Don Draper ou Frank Underwood qui sommeille en nous ?

N’oubliez pas : Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer. Nietzsche

Alexia André

Découvrez chaque semaine le journal d'ARI édité par la société de production audiovisuelle ARI Pictures.

La « séries mania »


ET SI LE PETIT ECRAN DÉPASSAIT LE GRAND ?

Depuis K2000 et Dallas, l’eau a coulé sous les ponts, et pas qu’un peu ! Les séries TV ont sauvagement envahi nos écrans depuis que le confort s’est installé dans nos chères maisons et que la culture de masse américaine s’est introduite dans notre quotidien.

Plus qu’un moment de détente, un épisode de notre série préférée est un rendez-vous à ne pas manquer. À l’inverse du cinéma, la série TV a le don de ne (presque) jamais se terminer et fait naître en nous une dépendance irrésistible, pauvres êtres faibles et influençables que nous sommes.

Seulement, voilà, sans aller jusqu’à vous étaler ennuyeusement un historique précis, je tiens à vous faire prendre conscience que la série TV est aujourd’hui de plus en plus difficile à dissocier du cinéma, créant ainsi une subtilité artistique et scénaristique qui n’a pas toujours existé ! Dans les années 80-90, la génération série TV que nous étions se souvient encore bien de la fameuse trilogie du samedi soir sur M6 et des soap opéras dont je tairai le nom que regardaient nos tendres mamies le matin, très tôt…

La séries mania. Découvrez chaque semaine de nouveaux articles sur le journal d'ARI Pictures

Équipage du vaisseau spatial Enterprise est commandé par le Capitaine Kirk, assisté de M. Spock, originaire de la planète Vulcain. Leur mission : explorer l’univers et découvrir de nouveaux mondes.

De ces soap opéras, il ne nous reste en tête que la musique très élaborée ou encore la pause très spontanée des comédiens, béats, qui défilaient pendant le générique.

Pendant très longtemps, les séries télévisées américaines sont restées en haut du classement à travers le monde, souvent enviées et copiées. Toujours bien distinctes du prestigieux rang cinématographique, elles sont souvent critiquées pour leurs scénarii  plats et prévisibles. Pourquoi ? Parce qu’il y a encore quelques années, nous n’en attendions guère plus ! Nous ne cherchions qu’un enchaînement de rebondissements, toujours plus surprenants les uns que les autres. Du drame, de l’action, de l’amour, de la science-fiction ou du rire. Voilà ce que nous espérions d’une série, la subtilité n’était qu’un bonus.

Aujourd’hui, face au succès des mini-séries et sagas interminables, la cible s’est considérablement élargie, ne visant plus seulement la ménagère en soif d’aventure, la retraitée qui cherche à remplir ses journées ou l’adolescent accro aux écrans. Les grands studios de cinéma s’intéressent de plus en plus à ce genre et mettent en scène de véritables mini-films, créant une complexité et une qualité de scénario jamais égalées à la télévision.

Les moyens mis en place n’ont plus aucune limite ! Finis les studios en carton-pâte et les plans raplapla, place aux décors extérieurs, aux vrais acteurs de cinéma et aux grands réalisateurs. Ces « séries-films » nous laissent imaginer qu’un épisode serait un film que l’on adore, un film qui continuerait sur 3, 4 ou même 5 saisons !

Parmi les séries préférées des Français, classées par Allociné, nous ne sommes donc pas étonnés de trouver Game Of Thrones en première position. Entre médiéval et fantastique, batailles spectaculaires et complots machiavéliques, cette série adaptée d’une saga littéraire, n’est pas prête de perdre sa place. En seconde position,  c’est une histoire de zombies qui maintient les spectateurs en haleine.  Les sujets ne sont pas les plus originaux du monde, mais la qualité du récit et des images est au rendez-vous, dépassant parfois même le cinéma.

Et vous, vous laisserez-vous prendre par la « série mania » ? Que dis-je…c’est sans doute déjà fait !

Alexia André