ARI Pictures et Alexia André décortiquent dans le journal d''ARI la bande-annonce

Bande-annonce : l’art marketing du « titillage » de cerveau


BANDE-ANNONCE : L’ART MARKETING DU « TITILLAGE » DE CERVEAU

La bande-annonce est l’outil de communication indispensable à toute grosse production qui se respecte. Son coût de fabrication et de diffusion dépasse parfois l’entendement. Simple film publicitaire ? Flou artistique plutôt poétique ? Les deux ?

Une bande-annonce dure en moyenne 1 min 45 s et est composée d’extraits du film fixés les uns aux autres. Ils peuvent être liés entre eux par une voix off ou par des répliques d’acteurs qui font sens.

Bande-annonce ? Trailer ? Teaser ? Extrait ? Plusieurs termes spécifiques sont à ne pas confondre. Le mot trailer est la traduction anglaise de la bande-annonce, mais le teaser est tout autre. Dans le but de créer un premier buzz, il est une pré-bande-annonce, très courte et peu explicite. Au travers de quelques images énigmatiques, il titille le spectateur et le prépare ainsi à la perfection à la diffusion officielle et plus informative de la bande-annonce.

L’extrait quant à lui peut être à la fois teaser ou trailer. À la différence d’une bande-annonce classique composée de plusieurs extraits rapides, il ne présente qu’un bref moment du film, le plus parlant et intriguant possible. Le travail de montage n’en est que plus rapide.

Parmi la flopée de bandes-annonces qui sortent toutes les semaines, certaines sont devenues aussi célèbres que leurs films. En 1960, Alfred Hitchcock réalise la bande-annonce la plus cocasse et ingénieuse de tous les temps, avec son film Psychose. Le réalisateur nous accueille en effet très naturellement sur les lieux du tournage du film et nous présente les scènes de crime à la façon d’un guide touristique. Comme à son habitude, ce maître de l’épouvante est aussi le roi de l’imprévisible.

En seulement 1 min 45 s, refléter l’univers d’un film, son intrigue, sa performance d’acteurs peut s’avérer être un véritable casse-tête.

 Un extrait, bien placé et bien choisi, peut faire bien plus d’effet qu’une bande-annonce tarabiscotée. Ces fameuses bandes-annonces sont organisées à la façon d’un puzzle d’images. Le son, la vitesse, tout est exacerbé. C’est un peu comme regarder Avatar la tête à l’envers, avec un masque de plongée sur la tête et les basses des Sex Pistols collées à l’oreille.

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises bandes-annonces, il n’y a que des bandes-annonces moyennes ou excellentes. Moyennes, lorsque le film est mauvais, car elles ont l’avantage de regrouper les quelques meilleures images du film et l’on peut considérer que le monteur a réalisé un exploit. Excellentes dès lors qu’elles nous donnent envie de voir le film, ni plus, ni moins.

Imaginons un instant que vous soyez de ceux qui adorent arriver au cinéma un quart d’heure avant la séance pour ne surtout pas rater les bandes-annonces. Après la traditionnelle publicité m&m’s suivie d’un spot Oasis, vous avez envie de retourner au comptoir à friandises pour tout dévorer et vous vous dites que ces marques ont bien fait leur travail de manipulation. Très peu pour vous, un paquet de petits écoliers tout écrasé qui traîne au fond de votre sac suivi en dessert d’un Ricola citron-mélisse suffiront largement. En voyant vos pauvres voisins avec leur pop-corn mini format à 6€50, vous êtes d’ailleurs plutôt fier de ne pas avoir cédé à la tentation.

Tout à coup, la lumière s’éteint laissant place à l’écran qui s’illumine. Avec lui apparaissent les premières lettres d’un logo de société de production tellement bien fait que vous le confondez avec le film lui-même.

Premier coup de tambour épique, vos poils se hérissent, vous vous croyez aux côtés de Tom Hanks sur les plages du débarquement, puis poursuivis par un sniper en hélicoptère. La seconde suivante, vous êtes sur le dos d’un dragon qui lui-même est posé sur le sommet de l’Empire State Building. Les images défilent à une vitesse ahurissante, comme ponctuées par la musique.

L’acteur a le charisme d’un dieu au travers de cette bande-annonce. Vous savez pourtant au fond de vous qu’il a la même tête que vous au réveil.

Après cette montée d’adrénaline, vous en voulez encore !

Au même titre que pour le film, le choix de la musique de la bande-annonce est primordial. Véritable chef d’orchestre de l’image, il n’y a pas de bande-annonce qui tienne sans une musique prenante et héroïque à souhait. Le plus souvent, il s’agit d’une musique orchestrale à chorale, pour plus d’impact chevaleresque. Ce style est le plus couramment utilisé pour les blockbusters hollywoodiens, mais de façon plus globale, les musiques de trailer sont très rythmées et la puissance augmente progressivement jusqu’à atteindre une explosion musicale, souvent de pair avec l’explosion de l’action. Certaines compositions sont grossières et répétitives, d’autres intéressantes et subtilement choisies.

La plupart des productions utilisent des compositions de leur film pour illustrer musicalement leur bande-annonce, mais encore une fois, les exceptions hollywoodiennes peuvent se permettre de payer des compositeurs spéciaux, comme Audiomachine ou X-Ray dog. Ce sont avant tout des compositeurs de musiques du genre épique, dites musiques à frissons. Très peu connus du grand public, ces artistes sont passés maîtres dans l’art des bandes-annonces.

Certaines mélodies sont d’ailleurs tellement efficaces que plusieurs films utilisent les mêmes dans leurs trailers.

Parmi les films récents, voici trois musiques de bandes-annonces illustrant à la perfection ces propos:

http://www.youtube.com/watch?v=oZUUxrSzrAo

Musique composée spécialement pour la bande-annonce du dernier film de Peter Jackson, The Hobbit.

http://www.youtube.com/watch?v=FVb1MP-z4H4

The Hit House, composée par Basalt pour la bande-annonce du film Iron Man 3

http://www.youtube.com/watch?v=detFFxqaPvs

Cette dernière, célèbre à nos oreilles, est souvent reprise, particulièrement épique et harmonieuse.

Les bandes-annonces, quelles qu’elles soient, sont un avant-goût de ce qui nous attend dans les salles. Au travers d’extraits bien choisis, d’images époustouflantes et d’acteurs au sommet de leur charisme, elles nous transportent dans un univers en quelques secondes pour nous en faire ressortir aussi vite. Ce concentré d’émotions n’a qu’un seul but : nous voir transformer ces 1 min 45 s d’extraits en 1 heure 45 de film, le billet en plus !

Difficile pourtant de se faire une idée en si peu de temps. Le décor est posé, l’ambiance aussi, reste à compter sur l’honnêteté du producteur, reste à croiser les doigts pour que le film soit à la hauteur des images amorcées.

Quoi qu’il arrive, mieux se porte celui qui affûte son sens critique en allant voir un mauvais film que celui qui ne va rien voir du tout…

À bon entendeur !

Alexia André