Nous vous proposons de partager avec vous un regard sur certains films sélectionnés avec soin. Vous y trouverez de nombreuses informations.

Xavier Golfier fait le point sur le film de science-fiction Iron Sky

Iron Sky – The dark side of the moon


IRON SKY

Iron Sky est un film de Science-fiction qui réécrit l’histoire. Dans un futur pas si lointain (2018), alors que les Etats-unis décident de reconquérir la Lune, les astronautes américains découvrent sur sa face cachée une cité spatiale dans laquelle les nazis du IIIème reich se sont réfugiés il y a 70 ans afin de mieux préparer leur retour sur Terre. Et c’est au début du film, au contact d’un astronaute noir-américain qui ravive les passions belliqueuses des aryens sélénites que nous devenons les témoins d’un plan diabolique et délirant des nazis pour installer définitivement leur suprématie sur la planète bleue.

Un pitch pour le moins surprenant pour ce film de série B, qui n’a pas pu se frayer un chemin jusqu’aux salles en France mais nous est parvenu en direct to DVD et blu-ray ce mois de février 2013. Et c’est à l’issu de 5 ans que ce projet Germano-finlandais termine sa production. Lancé en mai 2007, le synopsis n’augurait rien d’un chef-d’œuvre, mais le second degré et la comédie noire sur fond de space opera l’emportent et c’est suite à un appel au don sur internet en mai 2010 que le film se termine et peut financer ses effets spéciaux. C’est pour un budget total de 7 500 000 euros, avec une production européenne que le film voit le jour et croyez-le ou non, il n’a absolument rien à envier à la plupart des grosses productions hollywoodiennes! La mise en scène, la direction d’acteurs et les effets spéciaux sont au rendez-vous.

Le réalisateur Timo Vuorensola nous livre un film tout à fait original, teinté d’humour noir, de nazixploitation et de space opéra avec notamment une séquence de bataille spatiale en zeppelins à la réalisation digne des plus grands. Le tout dans un univers visuel abouti, des décors steam-punk ainsi que les costumes des scaphandres nazis particulièrement réussis. Et n’oublions pas de citer le casting, véritable bijou, avec l’incroyable Udo Kier en chef nazi qui s’éclate à jouer ce rôle, Götz Otto, habituellement cantonné à des rôles pas toujours flatteurs marque ici les esprits dans une interprétation caricaturale maîtrisée du super méchant. La très jolie Julia Dietze, institutrice nazie qui croit dur comme fer à la propagande et finit par voir les choses autrement au contact de la terre et enfin Stephanie Paul dans le rôle de la présidente des Etats-Unis pour notre plus grand plaisir dans cette comédie caustique où même (et surtout) les Américains en prennent pour leur grade et font oublier leur statut de sauveurs de la planète qu’ils se sont toujours donné à l’issu de la seconde guerre mondiale. Nous pourrions citer tous les autres comédiens tant chaque personnage du film est porté avec brio à l’écran.

Donc, peut-être pas encore un chef-d’oeuvre, mais déjà un film culte, à prendre avec beaucoup de seconds degrés et qui vous embarque dans un petit pamphlet politique bon enfant qui n’est pas sans rappeler par certains aspects le docteur Folamour de Stanley Kubrick. Iron Sky est à mon sens du vrai cinéma de divertissement intelligent comme on aimerait en voir plus souvent.

Xavier Golfier

Jurassik park est sur le journal de la société de production audiovisuelle ARI Pictures.

Jurassic Park est de retour


JURASSIC PARK VERSION CRISTAUX LIQUIDES ; OU COMMENT FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX ?

En tombant sur la page d’accueil d’un célèbre site d’actualité cinématographique dont je tairai le nom, j’ai bien cru un instant être tombée dans une faille spatio-temporelle. Devant moi se dressait fièrement l’affiche un peu démodée du film Jurassic Park de Steven Spielberg, en première page des actualités ! Le hic ? Ce film est sorti dans nos salles en 1993. 

Afin de rendre plus agréable la lecture de cet article et de vous remémorer la sublime bande-originale du film La vie est belle, sorti lui aussi en 1993, je vous invite à lancer cette vidéo.

Après avoir considéré puis éloigné de mon esprit le proverbe anglais « le fou rit, même quand il se noie » et après avoir dansé un paso doble dans mon salon pour vérifier que « tout allait bien », j’ai essayé de mettre fin à ce suspense insoutenable…

Le Jurassic Park 3D de 2013 est une version parfaitement identique du Jurassic Park de 1993, à l’exception que ce dernier a été entièrement dépoussiéré par la 3D relief. Même histoire, même casting, mêmes dinosaures. Bien entendu, la version 3d + Blu-Ray sortira ce mois-ci et sera même projetée dans les salles, comme ce fut le cas pour Titanic en 2012. Dépoussiérer les vieux films de nos placards, ceux dont le prix est affiché en francs ? L’initiative semble tout à faire honorable. Mais depuis 2001, les studios s’évertuent de lancer régulièrement des petites rumeurs croustillantes sur l’éventuelle sortie d’un potentiel, très hypothétique éventuel Jurassic Park 4 !

Maintenant que la rumeur est confirmée, voilà qu’une version du premier film ressort sur nos écrans. Coïncidence ou stratégie marketing ? Inutile de vous souffler la réponse.

Cette semaine Alexia André du journal d'ARI Pictures fait le point sur Jurassic Park 3D

A votre avis, l’image du film de 1993 se situe en haut ou en bas ?

À l’exception des fans de la trilogie (dont je fais fièrement partie), la démarche n’est-elle pas un peu risquée. Assurément ! Certains vieux films sont un peu comme les bandanas et les pin’s  : le passé appartient au passé et on ne va pas s’en plaindre. Heureusement pour  Steven Spielberg, Jurassic Park n’a pas pris une ride !

Tout de même, quelle étrange idée ! Aller au cinéma, payer une place, pour aller voir un film que l’on a déjà vu et qui de surcroit passe tous les ans sur les chaînes publiques ? C’est un peu comme relire un livre ou aller deux fois au même concert : Ces us et coutumes appartiennent à une extrême minorité de la population française.

Accessoirement, nombre d’entre nous sont déçus par les films 3D, non seulement parce que les lunettes à cristaux liquides nous donnent l’impression d’avoir fait le tour du monde en voilier avec le mal de mer, mais aussi car très souvent, les films sont tournés en 2D et adaptés ensuite en 3D, ce qui réduit considérablement la qualité de la 3d (les plans d’origine ne sont pas pensés pour une adaptation 3D).

Dans ce merveilleux monde insatiable qu’est le cinéma, il n’y a cependant pas de recette qui fonctionne à tous les coups et c’est au public et seulement au public de juger si Jurassic Park a mérité cette nouvelle peau ? Après tout, le seul mauvais choix est l’absence de choix.

Alexia André

 

céline smith fait le point sur bienvenue à gattaca dans le journal d'ari

Bienvenue à Gattaca


BIENVENUE A GATTACA

Le pitch

Depuis toujours, Vincent (Ethan Hawke) a un rêve. Celui d’aller dans l’espace explorer d’autres contrées. Oui, mais voilà, Vincent est un enfant de la providence, un enfant dont les gènes ont été laissés au hasard. Et dans un monde où l’eugénisme est devenu la norme, il n’est pas considéré comme apte à accomplir de grandes choses. Il réalise alors que le seul moyen pour lui d’entrer à Gattaca, un centre de recherches spatiales réservé à une élite génétiquement parfaite,  est de se faire passer pour un « valide ». C’est ainsi qu’il emprunte l’identité et le patrimoine génétique de Jérôme (Jude Law),  jeune homme à l’ADN impeccable ayant perdu l’usage de ses jambes lors d’une tentative de suicide ratée. Les deux hommes vont alors partager la même identité et le même rêve. Mais alors que Vincent est à une semaine du départ tant espéré vers les étoiles, un évènement menace de révéler son identité…

Quand la science laisse place à la poésie

Premier long-métrage d’Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca affiche une réalisation précise et aboutie. Classé dans la catégorie SF, ce film ne ressemble pourtant pas aux films du genre. Les effets spéciaux sont assez peu nombreux, ce qui accentue une forme de lyrisme qui va de pair avec la pureté et l’intemporalité des décors et de l’image.

Le symbolisme est omniprésent tout comme certains motifs, dont celui du double où le film semble s’être inscrit. Individuellement, les personnages sont soumis à une dualité mélange de force et de vulnérabilité. Pris ensemble, ils forment tour à tour duels et duos. Aux deux frères de sang formés par Vincent et Anton, succèdent les deux frères d’ambition, Vincent et Jérôme.  Ils sont toujours vus à la lumière de parallélismes forts:  leur quête, leur combat et leur voyage respectif. Tout au long de l’histoire, ils se croisent, se tournent autour et se complètent telles les deux hélices d’une molécule ADN.

Bienvenue à Gattaca dans le journal d'ARI.

Salle d’entrainement du centre de recherche de Gattaca.

La poésie se retrouve également dans la répétition des gestes et des combats que mènent Vincent et dans lesquels il met toutes ses forces et ses espoirs, sans jamais s’économiser, comme il le dit lui-même, à la pensée d’un trajet retour. Un retour qui serait la fin du rêve, une redescente sur terre.

« Il n’y a pas de gènes pour l’esprit humain »

Dès l’ouverture du film, l’identité est perçue comme un poids. Comme quelque chose dont il faut, paradoxalement, se débarrasser pour arriver à être soi-même. Que ce soit Vincent qui, à longueur de journée, élimine toute trace de son ADN invalidé ou Jérôme qui extirpe de son corps tous les indices de sa perfection. L’identité génétique est une limite, un frein, un code qui décide à notre place de ce que nous devrions accomplir ou non. Et l’ADN, un bâton dans la roue de ceux qui veulent réaliser leurs rêves. Parce que nous avons le potentiel pour, devons-nous forcément être le meilleurs ? Et si nous ne l’avons pas, devons-nous nous résigner ?

Sans défauts les personnages ne sont pas amenés à vouloir les transgresser. Sans lacunes, ils n’ont rien a combler. Rien qui ne peut donner envie. Car l’on ne désire que ce que l’on n’a pas. Et si Vincent réussit, c’est parce qu’il est poussé par cette force qu’est l’envie.

Dans Bienvenue à Gattaca Uma Thurman interprété une "valide"

On parle beaucoup d’hommes dans cet article, mais il y a une femme dans ce film ! Interprétée par Uma Thurman.

Inversement, si Jérôme a tenté de se suicider après l’échec de sa vie qui consistait à ne jamais avoir que la seconde place du classement, c’est parce que la perfection ne donne pas le désir de se battre. Pire: elle apparaît chez Jérôme comme une malédiction. Quelque chose qui inscrit, fige et empêche d’avancer. [Spoiler] Lorsqu’à la fin du film, Vincent ouvre la lettre que Jérôme lui a adressé, on découvre une mèche de cheveux. Le geste est fort de symbolisme, pourtant cela reste une simple mèche de cheveux. Car Jérôme a appris à  ne se réduire qu’à ça, et une fois de plus, c’est son patrimoine génétique qu’il laisse parler à sa place.

Au fond si Jérôme était voué à quelque chose, c’était sans doute au malheur, car il n’avait pas de « voyage » à effectuer. Vincent est sans doute plus heureux d’atteindre son but qu’il en était au départ très loin. Il peut avoir la satisfaction personnelle d’avoir dépassé ses propres limites. De s’être vaincu lui-même en même temps que la société qui le diminuait. [fin spoiler]

Chef d’oeuvre brillant d’intelligence et d’humilité, si ce film a des défauts, ils sont très bien cachés. Andrew Niccol semble avoir l’ADN d’un réalisateur de génie ou peut-être a-t-il tout simplement donné le meilleur de lui-même…

Céline Smith

life of pi, obtient l'oscar des meilleurs effets spéciaux.

Life of Pi ou la crise des fonds verts…


LIFE OF PI

Le 24 février 2013 s’ouvre la 85ème cérémonie des Oscars. A son issu, Argo de Ben Affleck remporte celui du meilleur film, Daniel Day Lewis celui de meilleur acteur dans le Lincoln de Steven Spielberg. Sugar Man se verra recevoir l’oscar du meilleur documentaire et Life of Pi rafflera les prix de meilleur réalisateur pour Ang Lee, de la meilleure photographie et également celui des meilleurs effets-spéciaux.

Cependant, ce dernier film est symptomatique d’une crise inédite qui touche actuellement le cinéma américain et a fait parler de lui lors de cette 85ème cérémonie des oscars. Pour rappel, ce film est l’histoire de Pi Pattel, un jeune indien de 17 ans qui réchappe du naufrage d’un cargo, étant seul survivant à bord d’un canot de sauvetage en compagnie d’un magnifique et féroce tigre du Bengale, livrant nos deux héros à un voyage hors du commun. Le plus clair du film se déroule donc sur un canot au milieu de l’océan entre un jeune homme et un tigre livrés à une odyssée pour la survie. Un tour de force de réalisation puisque pour autant le film a très bien marché. Pour un budget de 120 millions de dollars, le film en a rapporté près de 600 millions! Également un tour de force au niveau des effets-spéciaux, puisque les artistes VFX ont réussi à donner vie à un tigre entièrement généré par ordinateur. Cependant, lorsque l’équipe des effets-spéciaux de Life of Pi est montée sur scène pour recevoir son prix à la 85ème cérémonie des oscars, le superviseur des VFX Bill Westenhofer a été sèchement censuré alors qu’il souhaitait évoquer la situation critique de Rythm & Hues, la société ayant produit les effets-spéciaux du film qui est actuellement en faillite.

A l’heure actuelle, une grande majorité des productions du cinéma américain contient plus de 50% d’effets-spéciaux à l’écran, une composante technique, artistique et incontournable des films contemporains. Mais l’annonce de la faillite de Rythm & Hues est révélatrice d’un problème de répartition des budgets dans les productions américaines et des conditions de travail déplorables dans les studios d’effets-spéciaux. Les producteurs veulent de plus en plus d’effets spéciaux spectaculaires, dans des temps records, et pour le moins cher possible à chaque fois. Un malaise que Pierre Buffin, le fondateur de BUF, le plus gros studio d’effets-spéciaux français avait déjà relevé en février 2011 dans cet article : http://www.20minutes.fr/cinema/670985-cinema-pierre-buffin-les-effets-speciaux-peu-eboueurs-cinema

Tournage de Life of Pi réalisé par Ang Lee

Le tournage de “Life of Pi” avant les effets spéciaux…

Le principal problème est que les artistes VFX sont considérés comme des sous-traitants qui ne touchent que le montant de leur contrat pour le film, et ne verront jamais la couleur des presque 600 millions de dollars de recette d’un film comme Life of Pi, alors qu’un des personnages principaux, le tigre du Bengale, est entièrement créé sur ordinateur par ces artistes, en images de synthèse. Tous ces artistes des effets-spéciaux n’ont jamais de contrepartie sur leur travail comme pourrait en avoir les producteurs, réalisateurs ou encore acteurs du film alors que leur travail est prédominant dans l’identité visuelle des films à effets-spéciaux. C’est pourquoi 400 personnes ont manifesté sur Hollywood Boulevard, le 24 février dernier pour dénoncer la précarité des conditions de travail, pour faire comprendre au monde ce qu’il se passe en coulisse et de demander “a slice of the Pi” (une part du gâteau, avec un jeu de mot entre “Pi” et “Pie”).

Aujourd’hui les grands noms des VFX américains se battent pour obtenir une meilleure considération de leurs métiers, et obtiennent de nombreux soutiens sur le web, comme notamment le Tumblr BeforeVfx qui diffuse des images de tournages de films sans effets spéciaux, permettant de voir la quantité de travail fournie par ces équipes d’effets spéciaux, ou encore ce carré vert en guise photo de profil sur les réseaux sociaux afin de marquer son soutien pour tous ces faiseurs de rêves.

carre-vert

Xavier GOLFIER

Sources

http://www.isheep.fr/2013/02/oscars-2013-silence-impose-aux-equipes-vfx-explication-du-scandale/

http://www.20minutes.fr/cinema/670985-cinema-pierre-buffin-les-effets-speciaux-peu-eboueurs-cinema

http://www.rhythm.com/home/

http://www.buf.com/main.php

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=54343.html

Céline Smith fait le point sur Minority Report

Minority Report


MINORITY REPORT DE STEVEN SPIELBERG

En 2054 la ville de Washington expérimente un programme judiciaire en passe d’être étendu à tout le pays. Grâce aux dons de 3 précognitifs capables d’anticiper les meurtres, la police du pré-crime éradique la totalité des futurs meurtriers de la ville. L’agent John Anderton qui dirige cette unité est convaincu de l’efficacité de son système jusqu’au jour où il est lui-même accusé de pré-homicide…

Suivant un scénario complexe et des idées percutantes, Spielberg nous livre un petit bijou de science-fiction paré d’une mise en scène haletante. Un futur crédible imaginé par une série d’experts en tout genre, des gadgets avant-gardistes tous plus curieux les uns que les autres; il n’en fallait pas plus pour nous scotcher à notre siège, les premières minutes du film écoulées. Ainsi se succèdent, tour à tour, des visions mentales manipulées sur des écrans tactiles géants, des publicités interpellant un à un les passants en les nommant individuellement ou encore des voitures auto-pilotées roulant le long des immeubles…

céline smith fait le point dans le journal d'ARI sur minority report.

Tom Cruise interpellé par une publicité pour ses précédents achats en lingerie fine.

D’abord émerveillés par ces visions du futur, nous finissons par être mal à l’aise à l’idée de vivre dans un tel univers. Surveillés, contrôlés et pré-jugés, les personnages ne semblent  avoir aucune liberté face à cette justice implacable.  Pas même la liberté de se justifier, ni celle de prouver qu’ils sont capables de s’auto-déterminer.

Et c’est avant tout de cela dont Spielberg veut nous parler. De liberté et de libre-arbitre. Sommes-nous libres de notre destin? Si nous ne le savons pas pour nous-même, comment pouvons-nous affirmer qu’une personne se pliera à son intention jusqu’au dernier moment? Et comment distinguer l’idée de tuer, de l’intention effective de le faire?

Adapté de l’oeuvre de Philip K.Dick, on se demandera tout de même si à certains moments, le film n’aurait pas mérité un traitement différent. Notamment lors de certaines scènes de course poursuite passées à la sauce-mission-impossible. Cette escalade du spectaculaire surexploitée par le cinéma hollywoodien, conforte en quelque sorte le spectateur face à ses attentes alors que l’univers Dickien est censé susciter inquiétude et étrangeté.

Mais on n’en tiendra pas rigueur au réalisateur-qui-voulait-plaire-à-tout-le-monde. Quelques pirouettes tomcruisiennes plus loin, le film reprend son souffle en nous livrant avec brio une réponse aux nœuds du mystère (cela fait Agatha Christie nous vous l’accordons). Spielberg semble nous dire qu’aucune cause, même la plus louable, ne justifie que l’on puisse priver quelqu’un de sa liberté. Que ce soit les précogs réduits à une forme d’esclavage pour servir le bien du plus grand nombre ou encore les « pré-meurtriers » qui, au sacrifice de quelques innocents, seront empêchés d’en tuer beaucoup plus.

Au fond, laisser la possibilité aux supposés criminels de commettre leur méfait, c’est croire en la perfectibilité de l’homme. C’est croire que jusqu’à la dernière seconde avant de commettre leur crime, ils auront toujours le choix d’y renoncer…

Céline Smith

intelligence artificielle, article du journal d'ARI écrit par Céline Smith

Intelligence Artificielle de Steven Spielberg


Aujourd’hui, Céline Smith inaugure une nouvelle chronique sur le thème des films de science-fiction. Chaque semaine, nous publierons un article sur les grands classiques qui ont permis à ce genre d’être l’un des plus populaires en salle. Nous traiterons également dans cette chronique des films peu connus par le public. Ces petites perles qui sont passées à côté de leur promotion, ou qui sont sorties la même semaine qu’un gros concurrent… Rassurez-vous, nous ne vous priverons pas des inclassables nanars !

A.I : Petit point sur le récit.

Sur une planète en pleine mutation (fonte des calottes glaciaires, nombreuses villes englouties), les ressources sont devenues rares et les naissances doivent être contrôlées. Vous avez le sentiment de lire le synopsis du « jour d’après II » ? Un peu de patience !

C’est dans ce contexte que les robots se sont développés dans notre société. D’une part, ils ont l’avantage de ne consommer aucune ressource pour « vivre » et d’autres parts, ils sont en mesure d’imiter parfaitement les réactions humaines. Un scientifique va même plus loin dans la démarche en concevant un robot enfant capable d’aimer. Ainsi vient au monde David, premier prototype du genre, qui est adopté par un jeune couple…

Cette semaine ari pictures fait le point sur le film de science-fiction A.I

Durant sa quête David devra se rendre à Red city, la ville de tous les plaisirs.

Une peinture de l’ambivalence humaine

Projet initialement entrepris par Stanley Kubrick, Steven Spielberg récupéra le flambeau et se lança dans cette fascinante exploration du rapport Homme/Machine. Dans un discours de tolérance, il fait l’analyse de ce qui sépare les humains des robots, et de ce qui les rapproche et pose la problématique suivante.

Au fond, humains comme machines ne cherchent-ils pas tous à donner un sens à leur existence ?

À de nombreuses reprises, les rôles s’inversent et les robots paraissent plus humains que les humains mêmes.  Ambivalents, les humains ne sont jamais entièrement bons, ni entièrement mauvais. Ils se battent tous pour un idéal plus ou moins contestable. Tel le forain de la « foire à la chair » qui veut exterminer les machines pour que le factice et l’illusoire ne priment pas sur le vrai. Ou encore, comme le professeur Hobby, complètement aliéné par son obsession de créer des êtres capables d’émotions, mais néanmoins désintéressé dans sa démarche.

Ce sont les robots qui paient cette ambivalence. À la fois par une farouche haine de leurs créateurs, effrayés semble-t-il à l’idée de se voir remplacer par leurs propres créations, et par une volonté de leur faire porter la responsabilité des erreurs humaine.

Cette imperfection de l’homme apparaît aussi comme directement liée à sa capacité à éprouver puisque c’est précisément ce qui le fait agir de manière discordante. Un comportement que l’on retrouve, aussi chez David qui se révèle lui aussi « terriblement » humain. N’est-ce pas lorsqu’il était effrayé qu’il a fait tomber son frère dans la piscine manquant de le tuer, ou lorsqu’il était en proie au désespoir de découvrir qu’il n’était pas unique qu’il s’en est violemment pris à sa réplique ?

David et Teddy dans intelligence artificielle.

L’équipe du journal d’ARI a voté pour son personnage préféré ! Teddy L’ours en peluche.

Nous conclurons sur le petit reproche que l’on peut faire au film à savoir son hétérogénéité.

L’œuvre ne semble pas former une totalité et certaines parties sont sujettes à de nombreuses critiques. On peut noter au moins deux césures qui ne sont pas toujours cohérentes avec le début du film. Le propos n’est pas le même: à un discours complexe sur les possibilités de cohabitation entre l’humain et la machine, succède un joli conte plus naïf et sensible où l’on suit un petit garçon courir après un rêve irréaliste.

Néanmoins, cinéaste de la réconciliation, Spielberg ne donne pas pour autant une image négative de l’espèce humaine. Bien au contraire. Dans un dernier moment, le film s’attarde sur ce qui fait à la fois la grandeur et la misère de l’humain. À savoir, son esprit et son « aptitude à désirer ce qui n’existe pas ».

Céline Smith