life of pi, obtient l'oscar des meilleurs effets spéciaux.

Life of Pi ou la crise des fonds verts…


LIFE OF PI

Le 24 février 2013 s’ouvre la 85ème cérémonie des Oscars. A son issu, Argo de Ben Affleck remporte celui du meilleur film, Daniel Day Lewis celui de meilleur acteur dans le Lincoln de Steven Spielberg. Sugar Man se verra recevoir l’oscar du meilleur documentaire et Life of Pi rafflera les prix de meilleur réalisateur pour Ang Lee, de la meilleure photographie et également celui des meilleurs effets-spéciaux.

Cependant, ce dernier film est symptomatique d’une crise inédite qui touche actuellement le cinéma américain et a fait parler de lui lors de cette 85ème cérémonie des oscars. Pour rappel, ce film est l’histoire de Pi Pattel, un jeune indien de 17 ans qui réchappe du naufrage d’un cargo, étant seul survivant à bord d’un canot de sauvetage en compagnie d’un magnifique et féroce tigre du Bengale, livrant nos deux héros à un voyage hors du commun. Le plus clair du film se déroule donc sur un canot au milieu de l’océan entre un jeune homme et un tigre livrés à une odyssée pour la survie. Un tour de force de réalisation puisque pour autant le film a très bien marché. Pour un budget de 120 millions de dollars, le film en a rapporté près de 600 millions! Également un tour de force au niveau des effets-spéciaux, puisque les artistes VFX ont réussi à donner vie à un tigre entièrement généré par ordinateur. Cependant, lorsque l’équipe des effets-spéciaux de Life of Pi est montée sur scène pour recevoir son prix à la 85ème cérémonie des oscars, le superviseur des VFX Bill Westenhofer a été sèchement censuré alors qu’il souhaitait évoquer la situation critique de Rythm & Hues, la société ayant produit les effets-spéciaux du film qui est actuellement en faillite.

A l’heure actuelle, une grande majorité des productions du cinéma américain contient plus de 50% d’effets-spéciaux à l’écran, une composante technique, artistique et incontournable des films contemporains. Mais l’annonce de la faillite de Rythm & Hues est révélatrice d’un problème de répartition des budgets dans les productions américaines et des conditions de travail déplorables dans les studios d’effets-spéciaux. Les producteurs veulent de plus en plus d’effets spéciaux spectaculaires, dans des temps records, et pour le moins cher possible à chaque fois. Un malaise que Pierre Buffin, le fondateur de BUF, le plus gros studio d’effets-spéciaux français avait déjà relevé en février 2011 dans cet article : http://www.20minutes.fr/cinema/670985-cinema-pierre-buffin-les-effets-speciaux-peu-eboueurs-cinema

Tournage de Life of Pi réalisé par Ang Lee

Le tournage de “Life of Pi” avant les effets spéciaux…

Le principal problème est que les artistes VFX sont considérés comme des sous-traitants qui ne touchent que le montant de leur contrat pour le film, et ne verront jamais la couleur des presque 600 millions de dollars de recette d’un film comme Life of Pi, alors qu’un des personnages principaux, le tigre du Bengale, est entièrement créé sur ordinateur par ces artistes, en images de synthèse. Tous ces artistes des effets-spéciaux n’ont jamais de contrepartie sur leur travail comme pourrait en avoir les producteurs, réalisateurs ou encore acteurs du film alors que leur travail est prédominant dans l’identité visuelle des films à effets-spéciaux. C’est pourquoi 400 personnes ont manifesté sur Hollywood Boulevard, le 24 février dernier pour dénoncer la précarité des conditions de travail, pour faire comprendre au monde ce qu’il se passe en coulisse et de demander “a slice of the Pi” (une part du gâteau, avec un jeu de mot entre “Pi” et “Pie”).

Aujourd’hui les grands noms des VFX américains se battent pour obtenir une meilleure considération de leurs métiers, et obtiennent de nombreux soutiens sur le web, comme notamment le Tumblr BeforeVfx qui diffuse des images de tournages de films sans effets spéciaux, permettant de voir la quantité de travail fournie par ces équipes d’effets spéciaux, ou encore ce carré vert en guise photo de profil sur les réseaux sociaux afin de marquer son soutien pour tous ces faiseurs de rêves.

carre-vert

Xavier GOLFIER

Sources

http://www.isheep.fr/2013/02/oscars-2013-silence-impose-aux-equipes-vfx-explication-du-scandale/

http://www.20minutes.fr/cinema/670985-cinema-pierre-buffin-les-effets-speciaux-peu-eboueurs-cinema

http://www.rhythm.com/home/

http://www.buf.com/main.php

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=54343.html