article sur le jargon du cinéma écrit par Alexia André pour le journal d'ARI

Petit Jargon du cinéma pour épater son entourage


Inutile de jouer à l’érudit en affirmant que non, vous ne vous êtes absolument jamais inventé des connaissances techniques dans telle ou telle situation. À titre d’exemple, plongeons-nous dans une situation qui, je suis sûre, va vous sembler familière…

Petite parenthèse musicale : Pour plus de réalisme, immergez-vous dans la scène en écoutant promptement « Patricia » de Pérez Prado, musique qui pourrait très bien être diffusée en fond sonore de la scène suivante :

Vous êtes accoudé à un bar, un verre de Tequila Sunrise dans une main, une olive à la grecque dans l’autre. La soirée entre amis se passe au mieux et la discussion s’attarde sur le dernier film de Bertrand Tarantino. Très sûr de vous, vous commentez une scène en essayant d’employer un vocabulaire cinématographique précis. Les mots sortent comme par magie de votre bouche. Vous êtes conscient de raconter n’importe quoi, mais en théorie, personne ne s’en rendra compte.

À la fin de votre tirade, un de vos amis, celui qui mange toutes les olives et vous agace un peu, vous répond « c’est vrai que cette scène est impressionnante, mais qu’as-tu pensé du “jump cut” ? Moi je ne l’ai pas trouvé très légitime à ce moment précis de l’action ».

Tous vos amis se tournent alors vers vous. Vous commencez à transpirer, vous levez les yeux vers le ciel, les plissez en feignant la réflexion. À ce moment précis, vous auriez préféré être perdu dans la cordillère des Andes, la nuit, affamé, plutôt que d’être dans ce bar. Vous vous raclez la gorge et répliquez :

« Certes, ce “jump cut” n’était pas si audacieux que ça, je te l’accorde, mais ça ne m’a pas choqué plus que ça ». Ouf, vous avez raconté n’importe quoi et ça a marché !

Pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise ou tourne au vinaigre, voici une courte liste de vocabulaire cinématographique que vous avez peut-être déjà entendu sans jamais en saisir le sens :

  • Un Jump cut est une figure de style temporelle en montage, une ellipse qui coupe une action en deux (filmé dans le même axe, c’est-à-dire sans avoir bougé la caméra vous voyez ?) et laisse travailler l’imaginaire du spectateur pour la reconstituer.
  • Un ours est un grand mammifère plantigrade, mais c’est aussi un premier montage audiovisuel d’un film, un bout à bout.
  • Le final cut est le montage définitif d’un film, et aussi un programme de montage professionnel.
  • Un plan italien cadre le personnage juste sous les genoux, alors qu’un plan américain le cadre à mi-cuisse. En résumé, on passe d’un continent à un autre en seulement quelques centimètres.
  • Les rushes sont l’ensemble des prises tournées.
  • Un story-board ou scénarimage est une bande dessinée du scénario.
  • Un travelling optique est un zoom, mais c’est toujours plus impressionnant de donner le terme technique…
  • Le terme PG est souvent employé à la fin des bandes-annonces américaines et signifie « parental guidance strongly suggested » , c’est-à-dire que le film contient des scènes qui pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes. Tendez l’oreille et vous entendrez souvent « PG-13 » qui signifie « déconseillé au moins de 13 ans ».
  • Un climax est la scène finale d’un film quand tout se résout pour le personnage principal, et nous laisse sur un joli travelling ascendant final de clôture.
  • Un travelling c’est un déplacement de la caméra sur un rail, ce qui donne une image qui semble se promener dans le décor.

Cette liste non exhaustive devrait vous donner quelques pistes pour épater vos proches, mais attention, la meilleure façon de comprendre un mot de vocabulaire c’est de demander sa signification lorsque quelqu’un l’emploie autour de vous, tout simplement…

Alexia André